Si l'on excepte Dy saveth et Vichara qui portaient une double casquette d'actrice et de réalisatrice, le cinéma khmer des années 60-70 ne comptait qu'une seule réalisatrice : Madame Uong kan thuok de Korng chak pheap yun.
Il s'agit d'une grande figure du cinéma khmer dotée d'un talent inégalable. Chacune de ses réalisations est conçue avec la plus grande diligence. De par la finesse de chacun de ses films, Uong kan thuok nous faisait aimer le cinéma khmer et contribuait grandement à la valorisation de notre septième art.
Derrière ses chefs d’œuvre, si le drame contemporain qui tourne autour d’une rivalité d'amour est son domaine de prédilection dans lequel elle est réputée imprenable, la réalisatrice a su diversifier le contenu offrant ainsi aux spectateurs une variété d'histoire moderne très proche du monde réel.
Toutefois, Madame Uong kan thuok, à force de rester fidèle à ses valeur et conviction, confère en revanche à ses films une certaine monotonie pour certains. En effet, ses cinq chefs d'oeuvres présentent plusieurs points :
- 100 % films romantiques contemporains axés sur l'histoire d'amour triangulaire qui débouche nécessairement sur une suite plus ou moins dramatique, car il y en a forcément un ou une qui sera sacrifié.
- 100 % duo Kong sam oeun-Vichara dany, encore que Kong sam oeun soit invité d'honneur dans One neng borng et Vichara joue le second rôle dans Thavary meas borng.
- 100 % de scène non violente, Madame Uong kan thuok n'a laissé aucune place dans ses films aux personnages vilains comme Or dum, Huy san, Pech saloeun, Chhuon Chhay ou Lanh don ror.
- 100 % sans Trente deux. En toute vraisemblance, Madame Uong kan thuok n'aimait pas faire rire les spectateurs, car les comédiens étaient quasi absents dans ses films. Elle a toutefois fait un effort dans Pél dèl troy yum avec la brève apparition de Mondoline et Noya.
Avant 1970, deux films ont été recensés :
- Sèn Tea Run reste l'un des premiers pas de Vichara dans le cinéma, mais aussi l'une de ses premières rencontres avec son allié kong sam oeun déjà en vogue à cette date.
Sèn tea run
- Thavary meas borng a marqué la retrouvaille entre ces deux stars, mais pas tout à fait dans le même contexte, car Som vansoudany lui a été préférée pour un rôle suprême. Avec une mention très bien, Thavary meas borng a été particulièrement acclamé, lors de sa sortie en salle.
Sronos Tek Phlieng ( Thavary mes borng )
Thavary mes borng
Au cours de l'ère républicaine, trois autres films sont présentés à l'affiche :
Muoy meun alay
- Muoy meun alay sorti en 1970 s'est traduit à nouveau par une fascination publique pour Madame Uong kan thuok dans sa spécialité. Ce film d'amour extrêmement romantique, doit son succès à une Vichara dany particulièrement rayonnante. Victime de son charme, vichara ( Navy ) fait l'objet d'une double convoitise et se trouve de fait, face à un dilemme : choisir entre deux hommes de grande qualité. D'un coté, son amour de coeur avec qui elle partageait à la fois les jours difficiles de la vie et le grand bonheur, le conducteur du tricycle Kong sam oeun ( Kosal ). Et de l'autre, l'officier des douanes aussi riche que généreux, Lim sophorn ( Thirith ) à qui elle a un devoir de reconnaissance; ce jeune fonctionnaire avait en effet porté secours à la mère de Navy à plusieurs reprises dans des moments difficiles.
Voici un résumé faisant de Muoy meun alay, un chef d'oeuvre inédit :
« Après le décès de sa mère, Navy a décliné la main tendue de Thirith désirant la recueillir chez lui. Elle lui échappe en se déguisant en jeune garçon et trouve refuge chez Kosal, le conducteur du tricycle motorisé.
Kosal qui n’avait rien remarqué dans le comportement de son compagnon, a finalement découvert la vraie identité de Navy au cours d’un jeu de pari. Elle danse et lui, il chante en jouant à la guitare. En suivant le rythme de la chanson AGO GO, la chevelure de Navy qui était pourtant bien cachée dans la casquette, a lâché laissant ainsi apparaître un visage ravissant d’une jeune fille fascinante.
Borng Sronos Samdey ( Muoy Meun Alay )
S’aimant et se respectant, les deux amoureux envisagent leur mariage. Mais, Kosal qui souhaite d’abord accomplir son devoir civique, a proposé de décaler ce projet à une date ultérieure et quitte Navy. Cette dernière en reprenant le poste de Kosal est devenue à son tour la conductrice du tricycle.
Sur le champ de batailles, Kosal est tombé dans l'embuscade des ennemis. Il est donné pour mort. La disparition annoncée de Kosal a brisé l’espoir de Navy et l'a mise dans un état pitoyable.
Le malheur de Kosal fait le bonheur de Thivith, même si ce n’est pas le souhait franc de ce dernier. Au cours d’une tourné de son tricycle, Navy est tombée sur un client peu ordinaire, l’officier Thirith. La persévérance de l’un a eu raison de la réticence de l’autre et Navy finit par céder. Le soir de la cérémonie de fiançailles, Navy depuis son balcon a cru apercevoir Kosal se pointant au portail du couple et se déplace pour aller vérifier en personne ce doute, en pleine nuit jusqu'au domicile de celui qui est présumé mort.
Muoy meun alay
Kosal est bel et bien vivant et Navy très émue, apporte la nouvelle à Thirith qui tout en la félicitant n’a pas caché son chagrin et craint la suite de l’évènement. Le suspense n’a pas duré longtemps, car Navy lui demande l'annulation du mariage, alors que par respect et sous l’impulsion de l’allégation compréhensible et cohérente de la mère de Thirith, kosal a reconnu la légitimité de son rival et décide de lui rendre Navy. Mais avant de le quitter, Navy pose une condition à Kosal : partager un dernier repas avec celui qu’elle aime.
En préméditant un suicide collectif par empoisonnement, Navy se voit en train de préparer son dernier plat de sa vie. Lors du repas, Kosal affamé, se met à se servir le premier, mais Navy l'arrête et propose de commencer simultanément. En le regardant dans les yeux avec effroi, Navy s’adresse à Kosal : Arrêtons le repas et place au dialogue maintenant. Je veux entendre tes dernières paroles, car il ne nous reste pas beaucoup de temps pour vivre. Kosal lui rétorque : Nous ne mourrons pas, car le sachet de poison a été remplacé par celui de Bichéng… »,
Chamrieng Avasane ( Muoy Meun Alay )
- en 1972 nouveau film et nouvelle acclamation pour Korng chak pheap yun avec le mémorable Pél dèl troy yum, assorti de cinq inoubliables chansons dont seulement deux ont survécu avec le film : Sromol snè khnhom interprétée par Kim nova et Vichara mettant en place Chamrieng snè khnhom. Cette dernière chanson est excessivement romantique avec kong sam oeun qui joue au guitare et Vichara qui chante qu'on se plait à voir et revoir.
Brayath champob leu ( Pél dèl troy yum )
Cheth eth laieng ( Pél dèl troy yum )
Sror mol snè khnhom ( Pél dèl troy yum )
Pél dèl troy yum
Chamrieng snè khnhom ( Pél dèl troy yum )
Chamrieng snè khnhom karaoke ( Pél dèl troy yum )
- le dernier chef d'oeuvre de Uong kan thuok projeté en salle fin 2004, Kong sam oeun se fait voler la vedette par son vaincu dans Thavary meas borng. En effet, So hean, est revenu sur le devant de la scène pour se venger. Cette fois, il s'est emparé pour de bon de la belle Vichara dans One neng borng.
Nous devons à madame Uong kan thuok trois symboles vivants de très haut niveau : Thavary meas borng, Pél dèl troy yum et Muoy meun alay. Ce dernier est incomplet et dure seulement une heure.